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Chemin de Stevenson : le goût des jours à pied

Un écrivain, une ânesse et douze jours de marche : du Velay aux Cévennes, découvre l’histoire, les villages et les grands espaces du chemin de Stevenson.

Par La rédaction Échappée
Chaos granitique du mont Lozère dans une lumière de fin de journée, avec les reliefs cévenols à l’horizon.
Du granite, des crêtes et beaucoup de ciel : le mont Lozère donne de l’ampleur au voyage. Photo : Didier Azéma / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Une veste qu’on remet sur les hauteurs. Le bruit d’une rivière en arrivant au village. Du pain acheté le matin, un peu écrasé dans le sac, qui fera pourtant un excellent déjeuner. Le chemin de Stevenson a le goût de ces journées où marcher suffit à remplir le programme.

Du Velay aux Cévennes, le GR70 traverse des plateaux volcaniques, des forêts et les grands espaces du mont Lozère. Puis viennent les châtaigniers, les maisons de schiste, la lumière du Sud. À l’origine de ce voyage : un jeune Écossais, une peine de cœur et une ânesse peu pressée.

1878 : un écrivain prend le large, Modestine mène la danse

Le 22 septembre 1878, Robert Louis Stevenson quitte Le Monastier-sur-Gazeille avec Modestine. Il a 27 ans. L’Île au trésor est encore devant lui, et Fanny Osbourne, dont il est amoureux, vient de repartir en Amérique. Il cherche aussi à découvrir le pays des camisards, ces protestants cévenols entrés en révolte au début du XVIIIe siècle.

L’expédition possède un sérieux potentiel de désordre. Il faut charger l’ânesse, la faire avancer, trouver son chemin et un endroit où dormir. Les contretemps occupent leur place dans le récit, au même titre que les paysages et les rencontres. Douze jours plus tard, Stevenson atteint Saint-Jean-du-Gard. Son livre, Voyage avec un âne dans les Cévennes, paraît en 1879. À glisser dans le sac : quelques pages le soir donnent une autre saveur aux villages traversés.

Le Velay : les premiers kilomètres ont de l’espace

Au Puy-en-Velay, les rochers et la cathédrale donnent au départ un décor dont on se souvient. Prends le temps de lever les yeux avant de quitter la ville. Bientôt, le paysage s’ouvre sur les plateaux, les pâtures et les reliefs volcaniques. Le voyage commence à trouver son rythme.

Le Puy-en-Velay, ses toits, le rocher Corneille et la cathédrale Notre-Dame.
Le Puy-en-Velay, point de départ du chemin actuel. Stevenson, lui, était parti du Monastier-sur-Gazeille. Photo : Jean-Pol GRANDMONT / Wikimedia Commons — CC BY 3.0.

Après Le Monastier-sur-Gazeille, la descente vers Goudet ramène à la Loire, encore loin de ses grands horizons de plaine. Les ruines du château de Beaufort veillent sur le village. Puis il faut remonter : le chemin a beau paraître doux sur les photos, les jambes comprennent vite qu’on traverse un pays de vallées. Le Bouchet-Saint-Nicolas, Landos et Pradelles ponctuent la suite, avant Langogne.

Le village de Goudet et le château de Beaufort dans la vallée de la Loire, vus depuis le GR70.
Goudet et les ruines de Beaufort, une première descente vers la Loire. Photo : MartinD / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Le Gévaudan : des forêts, des légendes et une abbaye

À Langogne, on entre dans un autre chapitre. Vers Le Cheylard-l’Évêque et Luc, les bois prennent davantage de place ; les villages deviennent des rendez-vous que l’on guette sur la carte. Le nom de Gévaudan réveille forcément l’histoire de la Bête. Dans les sous-bois, cela suffit à donner un supplément d’imagination aux bruits de branches.

Les ruines du château de Luc et la statue qui domine son donjon, en Lozère.
Le château de Luc, repère de pierre sur la traversée du Gévaudan. Photo : Celeda / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Le château de Luc accroche le regard. Plus loin, l’abbaye Notre-Dame-des-Neiges, où Stevenson fut accueilli, relie encore le paysage au livre. La Bastide-Puylaurent, Chasseradès, puis Le Bleymard : les noms s’égrènent, le mont Lozère approche. Garde du temps pour ces haltes. Un itinéraire de douze jours laisse déjà beaucoup de kilomètres à marcher sans transformer chaque pause en retard à rattraper.

Le mont Lozère : soudain, tout s’ouvre

Depuis Le Bleymard, le chemin prend de la hauteur. Les arbres s’espacent, puis cèdent la place aux pelouses et aux blocs de granite. Au sommet de Finiels, à 1 699 mètres, le regard voyage d’une crête à l’autre. C’est le grand passage en altitude du Stevenson, celui dont on emporte volontiers la photo.

Chemin dans les pelouses ouvertes du mont Lozère, lors de la montée vers le sommet de Finiels.
Vers Finiels, la forêt s’efface et le regard porte loin. Photo : Bruno Bord / Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0.

Le contraste avec les jours précédents fait beaucoup : après les bois, cette étendue de ciel. On aurait envie d’y traîner longtemps. Choisis pourtant ton moment : là-haut, le vent, le brouillard ou un orage changent vite l’ambiance. Une couche chaude reste utile dans le sac, même lorsque la vallée promet une belle journée.

Le Pont-de-Montvert : poser le sac au bord du Tarn

La descente rejoint Le Pont-de-Montvert, ses maisons serrées et son pont sur le Tarn. Voilà une halte qui mérite mieux qu’un passage rapide entre deux étapes. Acheter de quoi manger, s’asseoir, regarder l’eau : après Finiels, les bonheurs peuvent être très simples.

Vue d’ensemble du Pont-de-Montvert, avec ses maisons de pierre au pied des versants du mont Lozère.
Le Pont-de-Montvert, en contrebas des grands espaces du mont Lozère. Photo : Gilbert Bochenek / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Le village porte aussi une histoire moins paisible. En 1702, l’assassinat de l’abbé du Chayla y marque le début de la guerre des camisards. Stevenson s’intéressait à cette mémoire protestante. La connaître un peu donne de la profondeur à la traversée : derrière les façades et les vallées, il y a des convictions, des résistances, des vies.

Vers Saint-Jean-du-Gard, les Cévennes changent la lumière

Après le Pont-de-Montvert, le Bougès réserve encore de la montée avant Florac. Les reliefs se succèdent ; une vallée en annonce une autre. À Florac, on retrouve le plaisir très concret d’une vraie pause en ville, sous les falaises du causse.

Florac au bord du Tarnon, avec une passerelle et les falaises du causse en arrière-plan.
À Florac, le Tarnon et les falaises du causse accompagnent la pause. Photo : AirScott / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Puis le chemin file vers Cassagnas, Saint-Germain-de-Calberte et Saint-Étienne-Vallée-Française. Les châtaigniers, le schiste et les versants habités composent les dernières journées. Attention à la carte : descendre vers le Sud n’empêche absolument pas de monter. Le col Saint-Pierre se charge de le rappeler avant Saint-Jean-du-Gard.

C’est ici que s’acheva la marche de Stevenson avec Modestine. Le GR70 poursuit aujourd’hui jusqu’à Alès. Selon le temps dont tu disposes, l’une ou l’autre arrivée donnera sa forme au voyage. Prévois le retour avant de partir : le dernier soir est bien plus agréable quand on sait déjà comment rentrer.

Le pont Vieux de Saint-Jean-du-Gard et ses arches de pierre au-dessus du Gardon.
Saint-Jean-du-Gard : l’arrivée de Stevenson, et un dernier regard sur le Gardon avant de poursuivre vers Alès. Photo : Isasza / Wikimedia Commons — CC0 1.0.

Quelques repères, puis on ferme l’ordinateur

  • La durée. Compte généralement 12 à 14 jours pour l’ensemble du chemin. Douze jours demandent de pouvoir enchaîner les étapes ; quelques jours de plus donnent davantage de place aux pauses.
  • La saison. L’association conseille la période de mai à octobre. Ajuste tes dates à la météo du mont Lozère, à la chaleur dans les vallées et aux prévisions de fortes pluies.
  • Les nuits. Réserve tes hébergements à l’avance. Si tu pars avec une tente, vérifie les emplacements et les règles locales, notamment dans le Parc national des Cévennes.
  • Le sac. Chaussures déjà portées, protection contre la pluie, couche chaude, eau adaptée à chaque étape et carte hors ligne : le nécessaire mérite plus d’attention que les accessoires.

Ton chemin de Stevenson avec Échappée

Pour passer de l’envie aux étapes, découvre notre Chemin de Stevenson complet en 12 jours. La fiche présente une traversée du Puy-en-Velay à Alès de 256,2 km, classée sportive, avec 7 422 m de dénivelé positif annoncé. Tu y retrouves le parcours et son relief ; le carnet PDF, le GPX complet et les douze GPX quotidiens sont proposés avec l’accès abonné. Les bivouacs suggérés restent à vérifier sur place et selon les règles locales.

Et si tu emportes le livre, ne le termine pas forcément avant de partir. Garde quelques pages pour un soir où tes chaussures sèchent près de la porte.

Crédits photos : auteurs et licences indiqués sous chaque image ; originaux et textes des licences accessibles dans les sources. Photographies réduites et converties en WebP pour le web, sans recadrage ; les images sous CC BY-SA conservent leur licence respective.

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